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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/127

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vertu que le parti jacobin ne se soit pas encore avisé d’accuser d’hypocrisie, ajoutait un troisième. »

À la suite de ces propos, Octave se répandit davantage, parut dans tous les bals, fut très-hautain, et même, autant qu’il était en lui, impertinent envers les jeunes gens ; mais cela ne produisit rien. À son grand étonnement (il n’avait que vingt ans), il trouva qu’on l’en respectait un peu plus. À la vérité il fut décidé que l’indemnité lui avait absolument tourné la tête ; mais la plupart des femmes ajoutaient : Il ne lui manquait que cet air libre et fier ! C’était le nom que l’on voulait bien donner à ce qui lui semblait à lui-même de l’insolence, et qu’il ne se fût jamais permis si on ne lui eût rendu les mauvais propos tenus sur son compte. Octave jouissait de l’accueil étonnant qu’il recevait dans le monde, et qui allait si bien à cette disposition à se tenir à l’écart qui lui était naturelle. Ses succès lui plaisaient surtout à cause du bonheur qu’il lisait dans les yeux de sa mère ; c’était sur les instances réitérées de madame de Malivert qu’il avait abandonné sa chère solitude. Mais l’effet le plus ordinaire des attentions dont il se voyait l’objet était de lui rappeler sa disgrâce auprès de mademoiselle de Zohiloff. Elle semblait augmenter chaque jour. Il y eut des moments où cette disgrâce alla presque jusqu’à l’impolitesse, c’était du moins l’éloignement le mieux décidé et qui marquait d’autant plus que la nouvelle existence qu’Octave devait à l’indemnité n’était nulle part plus évidente qu’à l’hôtel de Bonnivet.

Depuis qu’il pouvait un jour se trouver à la tête d’un salon influent, la marquise voulait absolument l’arracher à cette aride philosophie de l’utile. C’était le nom qu’elle donnait depuis quelques mois à ce qu’on appelle ordinairement la philosophie du dix-huitième siècle. Quand jetterez-vous au feu, lui disait-elle, les livres de ces hommes si tristes que vous seul lisez encore parmi les jeunes gens de votre âge et de votre rang ?