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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/113

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C’était seulement en présence de sa cousine qu’Octave osait quelquefois penser tout haut. On voit pourquoi il avait été si péniblement affecté en trouvant que les sentiments de cette aimable cousine changeaient avec la fortune.

Le lendemain du jour où Octave avait souhaité la mort, dès sept heures du matin il fut réveillé en sursaut par son oncle le commandeur qui entra dans sa chambre en affectant de faire un tapage effroyable. Cet homme n’était jamais hors de l’affectation. La colère que ce bruit donna à Octave ne dura pas trois secondes ; l’idée du devoir lui apparut, et il reçut M. de Soubirane du ton plaisant et léger qui pouvait le mieux lui convenir.

Cette âme vulgaire qui, avant ou après la naissance, ne voyait au monde que l’argent, expliqua longuement au noble Octave qu’il ne fallait pas être tout à fait fou de bonheur, quand de vingt-cinq mille livres de rente on passait à l’espoir d’en avoir cent. Ce discours philosophique et presque chrétien se termina par le conseil de jouer à la bourse dès qu’on aurait touché un vingtième sur les deux millions. Le marquis ne manquerait pas de mettre à la disposition d’Octave une partie de cette augmentation de fortune ; mais il fallait n’opérer à la Bourse que d’après les avis du commandeur ; il connaissait madame la comtesse de ***, et l’on pourrait jouer sur la rente à coup sûr. Ce mot à coup sûr fit faire un haut-le-corps à Octave. Oui, mon ami, dit le commandeur, qui prit ce mouvement pour un signe de doute, à coup sûr. J’ai un peu négligé la comtesse depuis son procédé ridicule chez M. le prince de S… ; mais enfin nous sommes un peu parents, et je te quitte pour aller chercher notre ami commun, le duc de *** qui nous rapatriera.