Page:Souvestre - Le Monde tel qu’il sera, 1846.djvu/250

Cette page a été validée par deux contributeurs.

— Je viens de m’en imposer une nouvelle, interrompit Prétorien, en se ranimant tout à coup ; une entreprise complètement neuve.

— Encore ?

— Gigantesque ! Du reste, il faut que je vous communique le plan… Asseyez-vous là ; je veux que vous me donniez votre avis.

M. Atout connaissait trop le monde pour ne pas traduire : — Je veux que vous applaudissiez ! Il se résigna donc à l’admiration, bien décidé à se la faire rembourser à la première occasion.

Prétorien, qui avait cherché parmi ses papiers, lui montra le prospectus de sa nouvelle publication. Il s’agissait d’une biographie générale devant comprendre l’histoire publique et privée de tous les citoyens de Sans-Pair !

Le prospectus portait en tête cette maxime philosophique :


LES SOUSCRIPTEURS ONT DROIT À L’INDULGENCE.
Les non-souscripteurs n’ont droit qu’à la vérité.


Venait ensuite un système de primes si habilement combinées, que l’éditeur remboursait au moins cent vingt fois le prix de chaque souscription ; aussi ne se retirait-il que sur la quantité !

Les privilèges de chaque catégorie étaient, du reste, clairement établis.

Chacun des trente mille premiers souscripteurs avait droit à une calèche ornée de son chiffre et attelée d’un ballon ; c’étaient les demi-fortunes de Sans-Pair.

Les quarante mille souscripteurs suivants devaient ob-