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au bord du lac.

m’avez raconté hier, vous vouliez devenir graveur ; j’espère qu’en travaillant vous pourrez aller plus loin !

Plus loin que graveur ! pensa Frédéric. Oh ! que de joies ces paroles venaient de donner au pauvre enfant ! jusque-là délaissé et n’ayant d’autres ressources que sa patience, il avait enfin trouvé une protection !… On lui parlait d’un but qu’il pouvait atteindre ; on lui en facilitait les moyens. Ce fut à peine si son cœur, comprimé par un sentiment nouveau, lui permit d’articuler quelques remercîments entrecoupés ; mais il joignit les mains avec tant de ferveur, attacha sur M. Kartmann des yeux si attendris, que celui-ci comprit tout ce que ce geste et ce regard contenaient de reconnaissance.

— Vous êtes un brave garçon, Frédéric, lui dit-il en lui serrant la main ; et je suis sûr de n’avoir jamais à me repentir de ce que je fais aujourd’hui pour vous.

Le lendemain même de cette entrevue, M. Kartmann présenta Frédéric à ses deux fils et à leurs maîtres. Le service qu’il venait de rendre à la famille, la preuve d’élévation de cœur qu’il avait donnée dans le choix même de sa récompense, parlaient trop puissamment en sa faveur pour qu’il ne fût pas accueilli avec empressement par les professeurs et par les élèves. On le loua hautement de sa noble émulation, chacun se fit une joie et un point d’honneur d’aider l’apprenti, de contribuer pour sa part à son instruction.

L’habitude qu’avait contractée Frédéric de ratta-