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— Fanatique, vivant de jeûnes et de pénitences. Ça lui va ; il n’y a donc rien à dire, chacun est le maître de s’arranger comme il veut ; mais je crains bien qu’elle ne périsse à la peine.

Luizzi leva les yeux sur la montre enfermée dans le ventre d’un magot en buis qui figurait une pendule sur la cheminée, et vit qu’il était près de huit heures. Il se leva : le peu qu’il avait entendu sur madame du Val avait excité sa curiosité, et cependant il ne tenta point d’en savoir davantage. L’aspect de Lucy avait réveillé dans le cœur de Luizzi de tendres souvenirs d’enfance, et, sans prévoir ce que pourrait lui en dire madame Barnet, il ne voulut pas en entendre parler par elle. Ce n’est pas toujours ce qu’on dit de certaines personnes qui nous blesse, c’est qu’elles soient un sujet de conversation pour certaines gens. Il est des noms harmonieux au cœur que personne ne prononce à notre guise, et que les voix qui nous déplaisent déchirent rien qu’en les prononçant. Luizzi n’en était pas là pour Lucy ; mais n’eût-elle pas été sa parente, son amie d’enfance, son rêve de jeune homme, sa fierté de gentilhomme aurait été offensée d’un jugement quelconque porté par madame Barnet sur la marquise du Val. Il salua profondément la notairesse, et, tout préoccupé de la dévotion de la marquise et de ce qu’il avait cru remarquer chez elle, il se dirigea vers son hôtel.



LES TROIS NUITS.


III

PREMIÈRE NUIT : LA NUIT DANS LE BOUDOIR.


Armand était encore assez éloigné de la porte cochère, lorsqu’il fut abordé par une femme qui l’appela par son nom. À la clarté des magasins environnants, Luizzi reconnut la servante qui l’avait reçu d’une manière si impertinente chez la marquise. Cette fille lui dit rapidement :