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Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/29

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CHAP.
Ⅵ.
Du Cheval dégoûté.


UN Cheval est dégoûté lors qu’il mange moins qu’à l’ordinaire, ou qu’il mange plus mollement, ou bien qu’il refuse absolument le manger de l’avoine, la rebutant tout à fait : Le dégoust peut provenir de diverses causes, dont les unes sont tres faciles à connoistre & à guerir ; les autres incertaines, particulierement dans le commencement d’une maladie dont l’evenement est douteux.

Nous rapporterons plusieurs causes de ce dégoust, avec leurs remedes ; il y a des Chevaux naturellement délicats, lesquels pour peu de chose se dégoustent, une ordure qu’ils trouveront dans leur avoient, un brin d’herbe moisy, une vetille, & un rien les empesche de manger ; mais comme ils se sont dégoustez facilement, tout aussi facilement ils recommencent à manger. Il vient des cirons au dedans des lévres des Chevaux dessus & dessous, qui leur causent de la demangeaison ; ils se frottent continuellemenr les lévres contre la mangeoire, & perdent le manger sans autre indisposition : il faut renverser les lévres, si l’on y void quantité de petites éleveures, ce sont des cirons.

Le remede est de couper la premiere peau au dedans des Ievres à l’endroit où sont les cirons, avec un bistouris ou coûteau bien affilé : on frotte ensuitte ces incisions avec du sel & du vinaigre par tout le dedans des lévres, & le Cheval recouvre d’abord l’appetit.

Si vous ne connoissiez point la cause pour laquelle vostre Cheval est dégousté, je croy qu’il est fort à propos au matin de luy donner un coup de corne, ou bien le saigner au palais, avec la lancette ( ce qui est la mesme chose ) en cette maniere ; on choisit le milieu du palais entre les deux crocs, ou bien si c’est une Jument au troisiéme ou quatriéme fillon, & l’on perce cét endroit avec une lancette ou avec une corne de Cerf bien pointue, l’un & l’autre ne sont pas bien difficiles, & c’est ce qu’on appelle un coup de corne, on donne incontinent au Cheval deux picotins de son mouillé, pour luy arrester le sang.

Si pourtant apres avoir mangé le son, le Cheval saignoit encore il faut luy lever la teste avec la corde, comme qui luy voudroit donner un breuvage, & d’abord le sang s’arrestera.

Et si l’ayant tenu levée long-temps, la baissant le Cheval saignoit toujours, on peut sans lever la teste au Cheval, luy arrester