Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 13.djvu/322

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

premier et le plus heureux auditoire de la ville, — ayez la gravité que nous voulons vous inspirer ; imaginez que vous voyez — les personnages mêmes de notre noble histoire, — tels qu’ils étaient de leur vivant. Imaginez que vous les voyez puissants, — et suivis de la foule haletante — de leurs mille amis ; puis voyez comme, en un moment, — cette grandeur se heurte à la détresse ! — Et si alors vous pouvez être gais, je dirai — qu’un homme peut pleurer le jour de ses noces (60).

SCÈNE I

[Londres. La salle d’un palais.]


Entrent par une porte le duc de Norfolk ; par l’autre, le duc de Buckingham et lord Abergavenny (61).

BUCKINGHAM.

— Bonjour et heureuse rencontre ! Comment vous êtes-vous porté, — depuis que nous nous sommes vus en France ?


NORFOLK.

Je remercie Votre Grâce : — fort bien, ayant vécu dans la continuelle admiration — de ce que je voyais là.


BUCKINGHAM.

Un malencontreux accès de fièvre — m’a retenu prisonnier dans ma chambre, quand — ces soleils de gloire, ces deux lumières du genre humain, — se sont rencontrés dans la vallée d’Ardres.


NORFOLK.

Entre Guines et Ardres. — J’étais présent alors ; je les vis se saluer à cheval ; — je les vis, quand ils eurent mis pied à terre, s’embrasser — si étroitement qu’ils semblaient confondus ; — s’ils l’avaient été, où sont les qua-