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nous nous assoirons sur le trône, — gouvernant dans un large et vaste empire — la France et ses duchés presque royaux ; — ou nous laisserons nos os dans une urne infâme — sans sépulcre et sans monument. — Ou notre histoire à pleine voix — proclamera nos actes ; ou notre fosse — aura la bouche sans langue d’un muet de Turquie, — n’étant même pas honorée d’une épitaphe de cire (10) !

Entrent les Ambassadeurs de France. Derrière eux, des pages portent un tonneau.

— Maintenant nous sommes parfaitement préparés à connaître le bon plaisir — de notre beau cousin le Dauphin ; car nous apprenons — que vous nous êtes envoyés par lui et non par le roi.


UN AMBASSADEUR.

— Votre Majesté veut-elle nous permettre — d’exposer librement le message dont nous sommes chargés ? — ou devons-nous nous astreindre à une vague formule — des intentions du Dauphin et de notre mission ?


LE ROI.

— Nous ne sommes pas un tyran, mais un roi chrétien, — chez qui la grâce tient la passion aussi étroitement enchaînée — que le misérable chargé de fers dans nos prisons. — Ainsi, avec une libre et inflexible franchise, — dites-nous la pensée du Dauphin.


L’AMBASSADEUR.

La voici donc en peu de mots. — Votre Altesse a récemment envoyé en France — réclamer certains duchés, du chef — de votre grand prédécesseur, le roi Édouard III. — En réponse à cette réclamation, le prince notre maître — déclare que vous avez un excessif levain de jeunesse, — et vous fait remarquer qu’il n’y a rien en France — qui se puisse conquérir au pas léger de la