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Aussi, quand il parle, — l’air, ce fieffé libertin, reste coi, — et la muette surprise se faufile dans les oreilles humaines — pour butiner ses sentences suaves et emmiellées. — L’expérience et la pratique de la vie — peuvent seules enseigner de telles théories ; — et l’on se demande avec étonnement comment Sa Grâce a pu les glaner, — lui qui s’adonnait à de si futiles occupations, — lui dont les compagnies étaient illettrées, grossières et creuses, — dont les heures étaient remplies par les orgies, les banquets et les plaisirs, — et qu’on n’a jamais vu se livrer à aucune étude — dans le recueillement et la retraite, — loin de la cohue publique et de la populace.


ÉLY.

— La fraise croît sous l’ortie ; — et les fruits les plus salutaires prospèrent et mûrissent surtout — dans le voisinage des plantes de basse qualité. — Et ainsi le prince a enfoui sa réflexion — sous le voile de l’égarement ; et sans nul doute — elle a grandi, comme l’herbe d’été, activée par la nuit, — invisible, et d’autant plus vivace.


CANTORBÉRY.

— Il le faut bien : car les miracles ont cessé ; — et nous devons nécessairement trouver moyen d’expliquer — comment les choses s’accomplissent.


ÉLY.

Mais, mon bon lord, — quel moyen de mitiger ce bill — réclamé par les communes ? Sa Majesté — lui est-elle favorable ou non ?


CANTORBÉRY.

Elle semble indifférente ; — elle paraît même plutôt pencher de notre côté — qu’encourager nos adversaires. — Car j’ai fait une offre à Sa Majesté, — dans notre réunion ecclésiastique, — à propos des affaires de France — sur lesquelles je me suis expliqué amplement devant Sa Grâce. — J’ai offert de donner une somme plus considé-