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La seule mention de Richard III devait évoquer à sa mémoire ce Henry VI qui en est comme le prologue. Si Meres s’est abstenu de le nommer, c’est, croyons-nous, avec intention et en connaissance de cause. Le silence de ce critique nous paraît une présomption très-forte à l’appui de notre opinion. Mais voulez-vous la preuve, la preuve décisive, que Shakespeare ne reconnaissait pas Henry VI comme son œuvre ? C’est Shakespeare même qui va vous la fournir.

Chacun sait que Henry VI occupait déjà la scène anglaise quand Shakespeare écrivit Henry IV et Henry V. Eh bien, admettons pour un moment l’hypothèse si ardemment soutenue par M. Knight. Supposons que Shakespeare est l’auteur avoué de Henry VI. N’est-il pas clair que Shakespeare, en composant les deux nouveaux drames qui vont être le prélude de Henry VI, devra se préoccuper avant tout de les relier logiquement à cette dernière pièce ? Il devra s’imposer pour règle d’éviter tout désaccord entre l’ouvrage publié et les ouvrages qui vont l’être. Est-ce là ce qu’il fait ? Nullement. Dans la composition de Henry IV et de Henry V, Shakespeare tient si peu de compte de Henry IV qu’il le contredit sur des points essentiels. — Ainsi, dans la première partie de Henry VI, le représentant de la monarchie légitime, Mortimer, est un personnage vénérable qui inspire le plus sympathique respect par son abnégation dans la souffrance et par sa longue et douloureuse agonie. Dans Henri IV, Shakespeare lui fait jouer le rôle d’un prétendant stupide et odieux qui d’avance partage avec ses alliés le royaume qu’il prétend reconquérir. — Dans la première partie de Henry VI, le comte de Cambridge est mentionné comme étant mort noblement en combattant à la tête d’une armée pour la cause de son beau-frère Mortimer. Dans Henry V, le même comte est convaincu