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chevaux toute la nuit ; dont plusieurs avaient grand’merveille disant que c’était signe de chose à venir.

Et les dits Anglais en toute celle nuit sonnèrent leurs trompettes et plusieurs manières d instruments de musique, tellement que toute la terre entour d’eux retentissait par leurs sons, nonobstant qu’ils fussent moult lassés et travaillés de faim, de froid et autres mésaises, faisant paix avecque Dieu, confessant leurs péchés en pleurs, et prenant plusieurs d’iceux le corps de Notre-Seigneur ; car ie lendemain, sans faiblir attendaient la mort, comme depuis il fut relaté par aucuns prisonniers.

Comment les Français et Anglais s’assemblèrent à batailler l’un contre l’autre, auprès d’Azincourt, en la comté de Saint-Pol, et obtinrent les dits Anglais la journée.

En après, le lendemain, qui fut le vendredi vingt-cinquième jour du mois d’octobre mil quatre cent et quinze, les Français, c’est à savoir le connétable et tous les autres officiers du roi, les ducs d’Orléans, de Bourbon, de Bar et d’Alençon ; les comtes de Nevers, d’Eu, de Richemont, de Vendôme, de Marie, de Vaudemont, de Blamont, de Salm, de Grand-Pré, de Roussy, de Dammartin, et généralement tous les autres nobles et gens de guerre s’armèrent et issirent hors de leurs logis. Et adonc, par le conseil du connétable et aucuns sages du conseil du roi de France, fut ordonné à faire trois batailles, c’est à savoir avant-garde, bataille et arrière-garde. En laquelle avant-garde furent mis environ huit mille bassinets, chevaliers et écuyers, quatre mille archers et quinze cents arbalétriers. Laquelle avant-garde conduisait le dit connétable, et avec lui les ducs d’Orléans et de Bourbon, les comtes d’Eu et Richemont, le maréchal Boucicaut, le maître des