Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/337

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ment pour secourir les Français (ainsi que leurs livres le prétendent), afin d’établir cette croyance, elle guida de nuit, sans encombre, la troupe qui l’accompagnait chez le Dauphin, à travers les places les plus dangereuses, occupées par les Anglais ; puis, à un messager envoyé expressément par le Dauphin, elle indiqua un lieu secret de l’église Sainte-Catherine de Pierbois en Touraine (qu’elle n’avait pas visitée), où se trouvait, au milieu de vieille ferraille, une épée marquée de cinq fleurs de lys sur les deux côtés ; elle se fit rapporter cette épée, et s’en servit plus tard pour combattre et faire un grand carnage. En bataille, elle chevauchait, équipée et armée de pied en cap comme un homme, précédée d’une bannière blanche sur laquelle était peint Jésus-Christ une fleur de lys à la main.

» La première fois qu’elle fut amenée au Dauphin, celui-ci, pour éprouver sa science, se cacha dans une galerie derrière de gais seigneurs ; mais elle le désigna entre tous avec un salut ; sur quoi il la mena au bout de la galerie, et elle l’entretint secrètement pendant une heure ; les chambellans, trouvant l’entretien trop long, auraient voulu l’interrompre, mais le Dauphin leur fit signe de la laisser continuer. Ce fut alors qu’elle lui prédit, conformément à une révélation divine, les actes qu’elle accomplirait avec cette épée : à savoir qu’elle ferait lever avec gloire et honneur le siége d’Orléans, qu’elle mettrait le Dauphin en possession de la couronne de France, qu’elle chasserait les Anglais de la contrée et qu’elle le ferait ainsi seul maître du royaume. Celui-ci écouta avidement ces paroles, et lui donna une armée suffisante avec pouvoir absolu de la conduire. » — Holinshed. Édition de 1586.

(41) « Toutefois ne demeura mie que ledit comte de Salseberry atout ses Anglais ne se logeât assez près de la dite ville d’Orléans, à soit ce que ceux de dedans de tout leur pouvoir se mirent vigoureusement en défense, en faisant plusieurs saillies, en tirant de canons, de couleuvrines et autres artilleries, occisant en mettant à méchef plusieurs Anglais. Néanmoins les dits Anglais très vaillamment et rudement les boutèrent et approchèrent plusieurs fois, tant qu’iceux défendants avaient merveilles de leurs hardies et courageuses entreprises. Durant lesquelles le dit comte de Salseberry fit assaillir la tour du bout du pont qui passe pardessus l’eau de Loire ; laquelle, en assez bref temps, fut prise des Anglais et conquise avec un petit boulevart qui était assez près nonobstant la défense des Français ; et fit icelui comte dedans la vieille tour loger plusieurs de ses gens, afin que ceux de la ville ne pussent par là saillir sur son ost. Et d’autre part, se