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Le connétable.
Mort de ma vie !

Orléans.
Oh ! quelle journée que celle-ci !

Bourbon.
Ô jour del honte ! tout est fini, tout est perdu !

Le connétable.
— Nous sommes encore assez de vivants dans cette plaine — pour écraser les Anglais, — si l’on peut rétablir un peu d’ordre.

Bourbon.
— La peste de l’ordre ! Retournons encore une fois dans la plaine. — Pour celui qui ne veut pas suivre Bourbon en ce moment, — qu’il s’en aille d’ici ; et, le bonnet à la main, — comme un ignoble entremetteur, qu’il garde la porte, — tandis qu’un rustre, aussi vil que mon chien, souillera la plus belle de ses filles.

Le connétable.
— Que le désordre qui nous a ruinés nous relève à présent. — Arrivons en masse : nous offrirons nos vies — à ces Anglais, ou nous mourrons avec éclat. — Venez, venez. — Mourons avec honneur ; notre humiliation a trop longtemps duré.
Ils sortent.

(36) Le commentateur Capell a émis la conjecture fort plausible que cette phrase : les Français ont rallié leurs troupes dispersées, devait être dite par un messager répondant à la question du roi : Quelle est cette nouvelle alarme ? L’ordre de tuer les prisonniers semblerait moins atroce, en effet, étant donné après un message positif qu’étant provoqué par un simple soupçon du roi. — Ce douloureux incident est ainsi raconté par Holinshed :

« Tandis que la bataille continuait ainsi, une troupe de Français, ayant pour capitaines Robinet de Bornevill, Rifflard de Glamas, Isambert d’Azincourt et autres gens d’armes, et comptant six cents cavaliers qui avaient été les premiers à fuir, — ayant appris que les tentes des Anglais étaient à une bonne distance de l’armée et sans garde suffisante, — pénétra dans le camp du roi, pilla les bagages, dépouilla les tentes, brisa les caisses, emporta les coffres, et tua tous les serviteurs qui firent mine de résistance. Pour cet acte tous furent ensuite jetés en prison, et auraient perdu la vie si le Dauphin avait longtemps vécu. Car, lorsque le roi Henry entendit les cris des laquais et des pages que les pillards français avaient alarmés, il craignit que l’ennemi ne se ralliât et ne recommençât la bataille, et en outre que les captifs ne lui vinssent en aide ; et alors, contrairement à sa douceur accoutu-