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n’est pas seulement la sagesse et la force qui font un État sage et fort, c’est aussi l’ordre qui, tel que l’harmonie appelée diapason, est répandu dans l’État tout entier, faisant concourir à la même mélodie les plus faibles, les plus forts et les intermédiaires. » Et encore : « Le pouvoir harmonique de la justice politique est identique à l’accord musical qui réunit les trois cordes, l’octave, la basse et la quinte. » Le platonisme était étudié en Angleterre à l’époque où Shakespeare commença à écrire. Coleridge nous dit « que l’auteur accompli de l’Arcadie, sir Philippe Sidney, avait avec Spenser de hautes conversations sur l’idée de la beauté supra-sensuelle. » L’édition de Theobald a attiré notre attention sur la ressemblance qui existe entre les vers de Shakespeare et la prose de Cicéron. Un ami nous fait observer la ressemblance plus grande qui existe entre ces vers et le passage de Platon qui, selon lui, a inspiré la pensée de Shakespeare. Voilà une des nombreuses preuves de la familiarité de notre poëte, familiarité directe ou indirecte, avec les écrivains classiques. Au temps de Shakespeare, aucun ouvrage de Platon n’était traduit en anglais, sauf un simple dialogue par Spenser. »

(10) Dans le texte primitif qu’a révélé l’édition in-quarto de 1600, ce discours du roi était condensé en sept vers :


Henry.
— Introduisez les messagers envoyés par le Dauphin. — Et par votre aide, nobles membres de notre domaine, — la France étant à nous, nous la rattacherons à notre majesté — ou nous la mettrons en pièces. — Ou nos chroniques à pleine voix — proclameront nos actes, ou elles seront pour nous comme des muets sans langue, — et nous ne serons pas même honorés d’une épitaphe de papier.


(11) L’incident des balles de paume envoyées au roi d’Angleterre par le fils de Charles VI est expressément raconté par Holinshed. Il a toujours paru fort invraisemblable, et beaucoup d’experts le regardent comme une fiction. Il est certain qu’aucun chroniqueur français ne le mentionne, et il ne semble pas possible qu’un tel fait, s’il était authentique, eût été ainsi passé sous silence dans nos annales. Le plus ancien document qui en fasse foi est un manuscrit du British Museum, cité pour la première fuis par sir Harris Nicolas dans son Histoire de là bataille d’Azincourt. Mais ce manuscrit même, selon toute apparence, appartient à la seconde moitié du quinzième siècle, et est par conséquent bien postérieur au règne de Henry V. Voici en quels termes l’incident y est relaté :