Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/248

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gueil. — Tu es le plus pernicieux usurier, — méchant par nature, ennemi de la paix, — lascif et libertin, plus qu’il ne sied certes — à un homme de ta profession et de ton rang. — Et quant à ta trahison, quoi de plus manifeste ? — N’as-tu pas tenté de m’ôter la vie par un guet-apens, — aussi bien au pont de Londres qu’à la Tour ? — En outre, si l’on sondait tes pensées, je craindrais fort — que le roi, ton souverain, ne fût pas lui-même tout à fait à l’abri — de l’envieuse perfidie de ton cœur arrogant.


WINCHESTER.

— Glocester, je te défie… Milords, daignez — prêter l’oreille à ma réplique. — Si je suis rapace, ambitieux ou pervers, — comme il le prétend, comment suis-je si pauvre ? — Comment se fait-il que je ne cherche ni mon avancement, — ni mon élévation, mais que je me renferme dans l’exercice de mon ministère ? — Et quant à l’anarchie, qui donc est attaché à la paix — plus que moi, à moins que je ne sois provoqué ? — Non, mes bons lords, ce n’est pas là ce qui offense le duc, — ce n’est pas là ce qui l’a irrité ; — le fait est qu’il voudrait gouverner seul, — qu’il voudrait être seul auprès du roi ; — et voilà ce qui provoque tant de tonnerres dans son cœur, — et ce qui lui fait rugir ces accusations. — Mais il saura qu’étant son égal…


GLOCESTER.

Mon égal ! — toi, bâtard de mon grand-père !


WINCHESTER.

— Oui, hautain seigneur : car qu’êtes-vous, je vous prie, — sinon l’impérieux occupant du trône d’un autre ?


GLOCESTER.

— Ne suis-je pas le Protecteur, prêtre insolent ?