Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/203

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


suivez-nous. — Au lieu d’or, nous offrirons à Dieu nos armes, — devenues inutiles depuis que Henry est mort ! — Postérité, attends-toi à des années malheureuses, — où les enfants téteront les yeux humides de leurs mères, — où notre île ne sera plus qu’une nourrice de larmes amères, — et où pour pleurer les morts il ne restera que des femmes. — Henry cinq ! j’invoque ton ombre ; — protège ce royaume, garde-le des discordes civiles ! — Combats les planètes hostiles dans les cieux ! — Ton âme doit faire un astre plus glorieux — que Jules César ou le splendide…


Entre un messager.



LE MESSAGER.

— Mes honorables lords, salut à vous tous ! — Je vous apporte de France de tristes nouvelles — de désastres, de massacres, de revers : — la Guyenne, la Champagne, Reims, Orléans, — Paris, Gisors, Poitiers, sont complètement perdus.


BEDFORD.

— Que dis-tu donc, l’homme, devant le cadavre de Henry ? — Parle bas, ou à la nouvelle de ces grandes villes perdues, — il va crever le plomb et s’arracher de la mort.


GLOCESTER.

— Paris est-il perdu ? Rouen s’est-il rendu ? — Si Henry était rappelé à la vie, — ces nouvelles lui feraient une fois de plus rendre l’âme.


EXETER.

— Comment ont eu lieu ces pertes ? Quelle trahison les a causées ?


LE MESSAGER.

— Ce n’est pas la trahison, mais le manque d’hommes et d’argent. — Il se murmure parmi les soldats — que vous fomentez ici diverses factions, — et que, quand il faudrait expédier et soutenir une campagne, — vous vous disputez