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çais. Jamais je ne pourrai t’émouvoir en français, si ce n’est pour te faire rire de moi.


CATHERINE.

Sauf vostre honneur, le françois que vous parlez est meilleur que l’anglois lequel je parle.


LE ROI HENRY.

Non, ma foi, Kate, non pas ; mais il faut avouer que nous parlons, toi ma langue, et moi la tienne, avec une imperfection également parfaite, et que nos deux cas se valent. Mais, Kate, es-tu capable de comprendre ceci : Peux-tu m’aimer ?


CATHERINE.

Je ne saurais dire.


LE ROI HENRY.

Quelqu’une de vos voisines pourrait-elle me dire ça, Kate ? Je le leur demanderai… Allons, je sais que tu m’aimes. Et ce soir, quand vous serez rentrée dans votre cabinet, vous questionnerez cette damoiselle sur mon compte ; et je sais, Kate, que devant elle vous dénigrerez en moi tout ce qu’au fond du cœur vous aimez le mieux ; mais, bonne Kate, raille-moi miséricordieusement, d’autant plus, gente princesse, que je t’aime cruellement. Si jamais tu es mienne, Kate (et j’ai en moi cette foi tutélaire que tu le seras), je t’aurai conquise de haute lutte, et il faudra nécessairement que tu deviennes mère de fameux soldats. Est-ce que nous ne pourrons pas, toi et moi, entre saint Denis et saint Georges, faire un garçon, demi-français, demi-anglais, qui ira jusqu’à Constantinople tirer le grand Turc par la barbe ? Pas vrai ? Qu’en dis-tu, ma belle fleur de lis ?


CATHERINE.

Ze ne sais pas ça.


LE ROI HENRY.

Non ; c’est plus tard que vous le saurez, mais vous