Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/149

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Et qu’es-tu, ô majesté idole ! — quelle sorte de divinité es-tu, toi qui souffres — plus de douleurs mortelles que tes adorateurs ? — Quels sont tes revenus ? quels sont tes profits ? — Ô majesté, montre moi ta valeur. — Quelle est l’âme de tout ce culte ? — Es-tu autre chose qu’une position, un rang, une forme — imposant aux hommes le respect et la crainte ? — Et tu es moins heureuse en inspirant la crainte — qu’eux en l’éprouvant ! — Au lieu de cordial hommage, c’est de flatterie empoisonnée — que tu es d’ordinaire abreuvée ! Oh ! sois malade, grandeur grande, — et dis à ton étiquette de te guérir ! — Crois-tu que la fièvre ardente disparaîtra — avec des titres enflés d’adulation ? — Cédera-t-elle aux génuflexions et aux basses courbettes ? — Peux-tu, toi qui disposes du genou du mendiant, — disposer de sa santé ? Non, songe superbe, — qui joues si subtilement avec le repos d’un roi ! — Je suis roi, moi qui te juge ; et, je le sais bien, — ni le heaume, ni le sceptre, ni le globe, — ni l’épée, ni la masse, ni la couronne impériale, — ni le manteau tissu d’or et de perles, — ni le titre ampoulé qui vole devant le roi, — ni le trône où il s’assied, ni le flot de splendeurs — qui bat la plage suprême de ce monde, — non, rien de tout cela, pompe trois fois magnifique, — rien de tout cet attirail étendu sur un lit majestueux — ne pourrait nous donner le sommeil profond du misérable esclave — qui, l’esprit vide et le corps — bourré du pain de la détresse, s’abandonne au repos, — sans jamais connaître l’horrible nuit, fille de l’enfer ! — Lui, ce manant, depuis le lever jusqu’au coucher du jour, — sue sous le regard de Phébus, et, toute la nuit, — dort en plein Élysée ! Le lendemain, dès l’aube, — il se lève et met Hypérion en char ; — et c’est ainsi que, lié à un labeur profitable, — il suit, l’année toujours courante jusqu’à son tombeau ! Aux céré-