Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/146

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chent un refuge dans la guerre, après avoir déchiré parle pillage et le vol le doux sein de la paix. Or, si ces hommes ont su éluder la loi et se soustraire à la pénalité de leur pays, ils ont eu beau échapper aux hommes, ils n’ont point d’ailes pour se dérober à Dieu. La guerre est son recors, la guerre est sa vengeance. Ainsi les hommes qui ont violé les lois du roi en sont punis dans la querelle du roi : où ils craignaient la mort, ils ont eu la vie sauve ; où ils ont cherché leur salut, ils périssent ! Alors, s’ils meurent impénitents, le roi n’est pas plus coupable de leur damnation qu’il n’était coupable naguère des impiétés pour lesquelles ils sont désormais frappés. Les services de chaque sujet appartiennent au roi ; mais l’âme de chaque sujet n’appartient qu’à lui-même. Aussi tout soldat devrait faire à la guerre ce que fait tout malade dans son lit, laver sa conscience de toute souillure. S’il meurt ainsi, la mort est pour lui un bienfait ; s’il ne meurt pas, il doit bénir le temps perdu à gagner un tel viatique ; et celui qui échappe ainsi a droit de croire que, s’étant offert à Dieu sans réserve, il lui a été donné de survivre afin de rendre hommage à la grandeur divine et d’enseigner aux autres à préparer leur salut !


COURT.

Il est certain que, si un homme meurt dans le péché, le péché retombe sur sa tête, et que le roi n’a point à en répondre.


BATES.

Je ne demande pas qu’il réponde pour moi, et pourtant je suis déterminé à me battre vigoureusement pour lui.


LE ROI HENRY.

J’ai moi-même ouï dire au roi qu’il ne voudrait pas payer rançon.