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WILLIAMS.

Mais, si la cause n’est pas bonne, le roi lui-même aura un terrible compte à rendre, quand ces jambes, ces bras, ces têtes, coupés dans la bataille, se rejoindront au jour suprême, et que tous s’écrieront : Nous sommes morts en tel lieu, les uns jurant, d’autres appelant un chirurgien, d’autres pleurant sur leurs femmes restées dans la misère derrière eux ; d’autres, sur des dettes non payées ; d’autres, sur leurs enfants laissés nus ! De ceux qui meurent dans une bataille, il en est bien peu, je le crains, qui meurent bien ; car comment prépareraient-ils pieusement leur salut, quand le carnage est leur but ? Eh bien, si ces gens-là ne meurent pas en état de grâce, ce sera une triste affaire pour le roi qui les a entraînés, la désobéissance envers lui étant contraire à toutes les règles de la sujétion.


LE ROI.

Si donc un fils, que son père envoie trafiquer, périt sur mer en état de péché, l’imputation de sa perversité devra, d’après votre principe, peser sur son père qui l’a envoyé ; ou si un valet, transportant par ordre de son maître une somme d’argent, est assailli par des brigands et meurt chargé d’iniquités inexpiées, vous regarderez la commission du maître comme la cause de la damnation du valet. Mais il n’en est pas ainsi. Le roi n’a pas à répondre de la fin particulière de ses soldats, pas plus que le père de son fils, pas plus que le maître de son valet ; car on ne veut pas la mort d’un homme pour vouloir ses services. En outre, il n’est pas de roi, quelque pure que soit sa cause, qui, s’il faut en venir à l’arbitrage du glaive, puisse la soutenir avec des soldats irréprochables. Les uns peut-être sont coupables d’avoir prémédité et perpétré quelque meurtre ; d’autres, d’avoir séduit des vierges avec les sceaux brisés du parjure ; d’autres cher-