Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/133

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LE CONNÉTABLE.

Pourtant je ne me sers pas de mon cheval comme de maîtresse, ni d’un pareil proverbe aussi mal à propos !


RAMBURES.

Monseigneur le connétable, l’armure que j’ai vue dans votre tente cette nuit, sont-ce des étoiles ou des soleils qui l’ornent ?


LE CONNÉTABLE.

Des étoiles, messire.


LE DAUPHIN.

Il en tombera demain quelques-unes, j’espère.


LE CONNÉTABLE.

Et pourtant il en restera assez à mon firmament.


LE DAUPHIN.

Il se peut ; vous en avez tant de superflues. Si vous en perdiez quelques-unes, vous n’en auriez que plus d’honneur.


LE CONNÉTABLE.

Ainsi des louanges dont vous accablez votre cheval. Il n’en trotterait pas plus mal, si quelques-unes de vos vanteries étaient démontées.


LE DAUPHIN.

Je voudrais pouvoir seulement le charger des éloges qu’il mérite !… Est-ce qu’il ne fera jamais jour ? Je veux demain trotter un mille, et que ma route soit pavée de fronts anglais.


LE CONNÉTABLE.

Je n’en dirai pas autant, de peur que quelque affront ne me déroute. Mais je voudrais qu’il fût jour, car je tirerais volontiers les oreilles aux Anglais.


RAMBURES.

Qui veut hasarder un pari avec moi ? Je gage faire vingt prisonniers.


LE CONNÉTABLE.

Il faut d’abord que vous hasardiez votre personne pour les avoir.