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MONTJOIE.

Ainsi a dit mon roi : Dis à Henry d’Angleterre que, quoique nous parussions morts, nous n’étions qu’endormis. La temporisation est meilleure guerrière que la précipitation. Dis-lui que nous aurions pu le repousser à Harfleur ; mais que nous n’avons pas trouvé bon d’écraser l’injure avant qu’elle fût mûre. Enfin voici le moment venu pour nous de répliquer, et notre voix est souveraine : l’Anglais doit se repentir de sa folie, voir sa faiblesse, et admirer notre tolérance. Dis-lui donc de songer à sa rançon ; qu’elle soit en proportion des pertes que nous avons subies, des sujets que nous avons perdus, de l’outrage que nous avons dévoré. Une expiation égale à l’offense ferait fléchir sa petitesse : pour réparer nos pertes, son échiquier serait trop pauvre ; pour compenser l’effusion de notre sang, toute la population de son royaume serait un nombre trop chétif ; et pour l’outrage qui nous a été fait, sa personne même, agenouillée à nos pieds, ne nous offrirait qu’une faible et indigne satisfaction. À cette déclaration ajoute notre défi ; et dis-lui, pour conclusion, qu’il a trahi ceux qui le suivent en faisant prononcer leur condamnation. Ainsi parle le roi mon maître ; telle est ma mission.


LE ROI.

— Je connais ta qualité ! quel est ton nom ?


MONTJOIE.

Montjoie.


LE ROI.

— Tu remplis dignement ta mission. Retourne sur tes pas, — et dis à ton roi : Qu’en ce moment je ne le cherche point, — mais que je voudrais bien marcher sur Calais — sans empêchement. Car, à dire vrai, — quelque imprudent qu’il soit de faire un tel aveu — à un ennemi artificieux et sagace, — mes soldats sont grandement affaiblis par la ma-