Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/127

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bleu, l’atversaire foulait prendre possession du pont ; mais il a été forcé de se retirer, et le duc d’Exeter est maître du pont ; je puis le tire à Votre Majesté, le duc est un prave homme.


LE ROI.

Combien avez-vous perdu d’hommes, Fuellen ?


FLUELLEN.

La perte de l’atversaire a été très-grande, raisonnablement grande. Morbleu ! je crois que le duc n’a pas perdu un homme, hormis celui qui doit être exécuté pour vol dans une église, un certain Bardolphe, que Votre Majesté connaît peut-être. Sa figure n’est que pustules, boutons, tumeurs et flammes de feu ; ses lèvres soufflent sous son nez, lequel est comme un tison, tantôt pleu et tantôt rouge ; mais son nez doit être exécuté, et son feu éteint.


LE ROI.

Nous voudrions voir tous les malfaiteurs de cette espèce ainsi expédiés. Et nous ordonnons expressément que, dans notre marche à travers le pays, on n’extorque rien des villages ; qu’on ne prenne rien qu’en payant ; qu’on ne fasse aucun outrage ; qu’on n’adresse aucune parole méprisante aux Français. Car, quand la mansuétude et la cruauté jouent pour un royaume, c’est la joueuse la plus douce qui gagne.


Fanfare. Entre Montjoie.



MONTJOIE.

Vous me reconnaissez à mon costume.


LE ROI.

Eh bien, oui, je te reconnais. Qu’as-tu à me faire savoir ?


MONTJOIE.

Les intentions de mon maître.


LE ROI.

Révèle-les.