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LA SAUVAGE APPRIVOISÉE, ETC.

CATHERINE.

— Vous toutes qui ne vivez que de désirs rassasiés, — écoutez-moi et remarquez ce que je vais dire… — Le monde primitif était une forme sans forme, — un morceau confus, un chaos, — un abîme d’abîmes, un corps sans corps, ou tous les aliments étaient jetés pêle-mêle, — quand le grand ordonnateur du monde, — le Rois des rois, le Dieu glorieux du ciel, — fit à son image un homme, — le vieil Adam. De son flanc endormi — une côte fut prise dont le Seigneur fit — ce fléau de l’homme qu’Adam nomma — la femme[1]. Ce fut par elle, en effet que le péché vint à nous ; — et pour le péché de la femme Adam fut condamné à mourir. — Soyons donc envers nos maris comme Sara envers le sien, — obéissons-leur, aimons-les, maintenons-les, nourissons les, — s’ils ont le moindre besoin de notre aide. — Mettons nos mains sous leurs pieds pour qu’ils les foulent, — si nous pouvons par là leur procurer du plaisir. — Et, pour créer le précédent, je commencerai la première, — et je mettrai la main sous les pieds de mon mari.

Elle met sa main sous les pieds de son mari.

FERANDO.

— Il suffit, chère tu as gagné le pari, — et je suis sûr qu il ne le nieront pas.


ALFONSO.

— Oui, Ferando, tu as gagné le pari, — et, pour te montrer combien j’en suis charmé, — je te donne volontiers cent livres de plus, — nouvelle dot pour une nouvelle fille, — car Catherine n’est plus la même personne.


FERANDO.

— Merci cher père. Messieurs, bonne nuit — Cateau et moi, nous allons vous quitter dès ce soir — Cateau et moi, nous sommes mariés, — vous autres, vous êtes condamnés. — Et sur ce, adieu. Car nous allons à notre lit.

Sortent Ferando, Catherine et Sander.

ALFONSO.

— Eh bien, Aurelius, que dites-vous à cela ?


AURELIUS.

— Croyez-moi, mon père, je me réjouis de voir — que Ferando et sa femme s’accordent si amoureusement.

Sortent Aurelius, Philema, Alfonso et Valère.

EMIL1A.

— Eh bien, Polidor ? rêves-tu ! Que dis-tu, l’homme ?


POLIDOR.

— Je dis que tu es une mégère.

  1. Il y a ici une équivoque absolument intraduisible. On sait qu’en anglais femme se dit woman. Le poëte, imaginant que le mot woman est composé du mot woe, malheur, fléau et du mot man, homme, se fonde sur cet étymologie prétendue pour déclarer que la femme est justement nommée le fléau de l’homme. Heureusement pour la réputation de la plus belle moitié du genre humain, l’étymologie véritable est tout autre Le mot woman est évidemment composé du mot womb, matrice, et du mot man, homme