Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1869, tome 6.djvu/425

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

n’oserais les appeler des fous : mais ce que je crois, — c’est que, quand ils ont soif, il y a des fous qui voudraient bien boire.


BIRON.

— Cette plaisanterie me paraît sèche… Charmante, gentille beauté, — c’est votre esprit même qui change les sages en fous. Quand nous fixons — les meilleurs yeux du monde sur l’œil enflammé du ciel, — nous perdons la lumière par l’excès de lumière. De même, votre capacité — est d’une telle nature qu’auprès de votre trésor idéal — les sages semblent fous et les riches semblent pauvres.


ROSALINE.

— C’est la preuve que vous êtes riche et sage ; car à mes yeux…


BIRON.

— Je suis un bien pauvre fou.


ROSALINE.

— N’était que vous reprenez ce qui vous appartient, — vous auriez tort de m’arracher ainsi les mots de la bouche.


BIRON.

— Oh ! je suis à vous, avec tout ce que je possède.


ROSALINE.

— J’ai donc à moi le fou tout entier ?


BIRON.

Je ne puis vous donner moins.


ROSALINE.

— Quel était le masque que vous portiez ?


BIRON.

— Où ? quand ? quel masque ? Pourquoi demandez-vous cela ?


ROSALINE.

— Eh ! vous savez bien ! ce masque, cette enveloppe