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BOYET.

— Oui, ils viennent, ils sont costumés — en Moscovites ou en Russes : à ce que je conjecture, — ils viennent pour parlementer, coqueter et danser ; — et chacun lancera sa déclaration d’amour — à la maîtresse de son choix, reconnaissable pour lui — au cadeau qu’il lui a envoyé.


LA PRINCESSE.

— Est-ce ainsi ? Eh bien, ces galants vont être bien intrigués. — Mes dames, nous allons toutes nous masquer, — et pas un d’entre eux n’obtiendra la grâce, — en dépit de ses prières, de voir le visage d’une dame… — Tiens, Rosaline, tu porteras ce bijou, — et alors le roi te courtisera comme sa mie… — Allons, prends-le, ma chère, et donne-moi le tien : — comme cela, Biron me prendra pour Rosaline.

À Catherine et à Maria.

— Faites comme nous l’échange de vos présents ; en sorte que vos amoureux, — déçus par ces substitutions, soupirent à faux.


ROSALINE.

— Allons ; mettons bien leurs présents en évidence.


CATHERINE.

— Mais, dans cet échange, quel est votre projet ?


LA PRINCESSE.

— Mon projet est de traverser le leur ; — ils n’agissent que par pur persifflage, — et ma seule intention est de rendre persifflage pour persifflage. — Ils révéleront leurs plus intimes secrets — à leurs fausses bien-aimées ; et nous nous moquerons d’eux, — à la première entrevue où nous pourrons les aborder et leur parler à visage découvert.


ROSALINE.

— Mais danserons-nous, s’ils nous y invitent ?