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Scène VII.

[Une autre partie du parc]


Entrent Holopherne, sire Nathaniel et Balourd.

HOLOPHERNE.

Satisquod sufficit.


NATHANIEL.

Je loue Dieu pour vous, monsieur ; vos propos à dîner ont été piquants et sentencieux, plaisants sans gravelure, spirituels sans affectation, audacieux sans impudence, savants sans prétention, et originaux sans hérésie. J’ai causé un jour, quondam, avec un compagnon du roi qui est intitulé, nommé ou appelé don Adriano de Armado.


HOLOPHERNE.

Novi hominem tanquam te. C’est un homme qui a l’humeur fière, la parole tranchante, la langue affilée, l’œil ambitieux, la démarche importante, et dont la tenue générale est frivole, ridicule et thrasonique. Il est trop attifé, trop précieux, trop affecté, trop singulier en quelque sorte, et, pour ainsi parler, trop pérégrin.


NATHANIEL, prenant son carnet et écrivant.

Épithète tout à fait originale et choisie !


HOLOPHERNE.

Le fil de sa verbosité est plus finement dévidé que l’écheveau de son argumentation. J’abhorre ces fantaisies fanatiques, ces compagnons insociables et pointus, ces bourreaux de l’orthographe qui, par exemple, prononcent dout au lieu de doubt ; det, d, e, t au lieu de debt, d, e, b, t ; qui disent caf pour calf, haf pour half ; pour qui neighbour devient nebour, et pour qui neigh s’abrège en . Cela est abhominable, mot que ces faquins pronon-