Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1869, tome 6.djvu/396

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diter toujours, rêver toujours, contempler toujours ? — Comment parviendriez-vous, Sire, et vous, seigneur, et vous, — à découvrir ce qui est l’essence de l’étude, — sans la beauté d’un visage de femme ? — C’est des yeux mêmes des femmes que je tire cette science suprême : — elles sont le fond, elles sont les livres et les académies — d’où jaillit le vrai feu prométhéen. — Ah ! les excès de l’étude étouffent — dans les artères les esprits subtile de de la vie, — de même que le mouvement et l’action trop prolongée épuisent — la nerveuse énergie du voyageur. — En promettant de ne pas regarder un visage de femme, — vous aviez abjuré l’emploi de vos yeux, — et l’étude même, objet de vos serments. — Car quel est l’auteur au monde — qui vous enseignera la beauté aussi bien qu’un regard de femme ? — La science n’est qu’accessoire à nous-mêmes ; — et partout où nous sommes ; notre science est avec nous. — Si donc nous nous voyons dans les yeux d’une femme, — est-ce que nous n’y voyons pas aussi notre science ? — Oh ! nous avons fait le vœu d’étudier, messeigneurs, — et par ce vœu nous avons abjuré nos vrais livres. — Dites-moi en effet, vous, Sire, ou vous seigneur, ou vous, — auriez-vous jamais sous le plomb de là contemplation trouvé — cette poésie enflammée dont l’œil inspirateur — d’une belle tutrice vous a prodigué les trésors ? — Les autres sciences restent inertes dans le cerveau, — et, pratiquées stérilement, — accordent à peine une moisson au plus pénible travail. — Mais l’amour enseigné par les yeux d’une femme — ne reste pas muré dans le cerveau ; — avec la mobilité de tous les éléments, — il se répand, rapide comme la pensée, dans chacune de nos facultés ; — à toutes nos forces il donne une force double, — en surexcitant leur action et leur pouvoir. — Il prête aux yeux une précieuse seconde vue : — l’aigle s’aveuglerait plus vite que l’amant. —