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Scène VI.

[Une allée de parc.]


Entre Biron, un papier à la main.

BIRON.

Le roi relance le cerf, et moi je fais la chasse à moi-même. Ils prennent la bête au filet ; moi, je me prends à la glu, une glu qui poisse, qui poisse ! Fi ! l’horreur !… Soit ! Trône, ô ma douleur ! Ainsi disait ce fou de tantôt ; et ainsi je dis, moi, fou que je suis… Bien raisonné, mon esprit !… Par le ciel, l’amour est aussi forcené qu’Ajax : il tue, comme lui, les moutons ; il me tue, moi, un mouton ! Voilà encore un beau raisonnement à mon excuse !… Non, je ne veux pas aimer : si j’aime, je veux être pendu ; décidément, je ne veux pas. Oh ! mais cet œil noir !… par la lumière d’en haut, n’était son œil, n’étaient ses deux yeux, je ne l’aimerais pas. Par le ciel, je ne fais que me démentir et me donner le démenti par la gorge… Par le ciel, j’aime. C’est l’amour qui m’a appris à rimer et à être mélancolique ; et voici un échantillon de ma rime et de ma mélancolie. Au surplus, elle a déjà un de mes sonnets : le fou l’a envoyé, le rustre l’a porté et la dame l’a reçu : fou achevé ! rustre achevé ! dame plus achevée !… Par l’univers, je ne m’en soucierais pas plus que d’une épingle, si les trois autres étaient pris comme moi… En voici un qui arrive un papier à la main. Dieu lui accorde ainsi qu’à moi la grâce de gémir !

Il grimpe dans un arbre.
Entre le Roi, un papier à la main.

LE ROI.

Hélas !