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frer dans les yeux le muet langage du cœur, — n’est pas en défaut cette fois, le roi de Navarre est affecté.


LA PRINCESSE.

— De quoi ?


BOYET.

— De ce que nous autres galants nous nommons une passion.


LA PRINCESSE.

— Votre raison ?


BOYET.

— La voici. Tout son être s’était retiré — dans le palais de ses yeux, entr’ouverts par le désir. — Son cœur, agathe où était gravée votre image, — était tout fier de cette empreinte et exprimait sa fierté dans ses yeux. — Sa langue, impatientée de paroles qui gênaient le regard, — en finissait vite avec les mots pour n’être plus que le langage des yeux. — Tous ses sens se concentraient dans ce sens unique — pour n’avoir plus qu’à contempler la plus belle des belles. — Oui, on eût dit que toutes ses sensations étaient enfermées dans son regard, — comme dans un cristal ces joyaux princiers — qui, se faisant valoir sous le verre, — tentent votre bourse quand vous passez. — De telles surprises se lisaient en marge sur son visage — que tous les yeux pouvaient voir dans ses yeux l’enchantement de la contemplation. — Je vous donne l’Aquitaine et tout ce qu’il possède, — si seulement vous lui donnez à ma requête un amoureux baiser.


LA PRINCESSE.

— Allons ! à notre tente ! Boyet, je le vois, est disposé…


BOYET.

— À exprimer en paroles ce que ses yeux ont découvert : voilà tout ! — Je me suis borné à être l’interprète