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SCÈNE XX.


LAFEU.

Non, non, non !


LE CLOWN.

Oui-dà, messire, si je ne puis pas vous servir, je puis servir un prince tout aussi grand que vous.


LAFEU.

Quel prince ? un Français ?


LE GLOWN.

Il a le nom d’un Anglais ; mais sa physionomie enflammée est beaucoup plutôt française qu’anglaise (28).


LAFEU.

Quel est ce prince ?


LE CLOWN.

Le prince Noir, messire ; alias, le prince des ténèbres ; alias, le diable.


LAFEU, lui jetant sa bourse.

Tiens, voici ma bourse ; je ne te la donne pas pour te détacher du maître dont tu parles : sers-le toujours.


LE CLOWN.

Je suis un habitant des bois, messire, qui ai toujours aimé un grand feu ; et le maître dont je parle entretient toujours un bon feu. Mais puisqu’il est le prince du monde, c’est à sa noblesse de résider à sa cour. Quant à moi, je préfère la maison à porte étroite, que je sais trop petite pour que la pompe puisse y pénétrer ; elle est accessible aux humbles ; mais la plupart sont trop frileux, trop délicats, et préfèrent la route fleurie qui mène à la large porte et au grand feu.


LAFEU.

Passe ton chemin ; je commence à être fatigué de toi, et je te le dis d’avance pourque nous ne nous querellions pas. Passe ton chemin, et veille à ce que mes chevaux soient bien traités, sans farce de ta façon.