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TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN.

cinq générations. — Cette bague, il y attache — une valeur immense ; mais, dans sa folle ardeur, — il la donnera sans marchander en paiement de ce qu’il désire, — quitte à s’en repentir après.


LA VEUVE.

À présent je vois — la portée de votre projet.


HÉLÈNE.

— Vous le voyez, il est bien légitime. Je désire seulement — que votre fille, avant de paraître se rendre, — lui demande cette bague, lui fixe un rendez-vous — et, enfin, me cède sa place, — en s’astreignant à la plus chaste absence. Cela fait, — j’ajouterai pour sa dot trois mille écus — à ce que j’ai déjà donné.


LA VEUVE.

J’y consens. — Enseignez à ma fille comment elle doit se comporter — pour que l’heure et le lieu favorisent une supercherie si légitime. — Chaque soir il arrive — avec des musiques de toutes sortes et des chansons où il fait d’elle — un éloge exagéré. Il ne nous sert de rien — de le chasser de nos fenêtres ; il persiste — comme s’il y allait de sa vie.


HÈLÈNE.

Eh bien, dès ce soir, — tentons le complot. S’il réussit, — il y aura eu, — d’une part, une intention coupable suivie d’une action légitime, — de l’autre, une intention légitime suivie d’un acte légitime. — Et nul des deux n’aura péché, malgré le péché commis. — À l’œuvre !

Ils sortent.