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TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN.


LE ROI.

— Je ne dois pas t’écouter. Adieu, obligeante fille. — Tes peines, restées inutiles, doivent trouver en toi-même leur paiement ; — car les offres non agréées recueillent des remercîments pour tout salaire.


HÉLÈNE.

— Ainsi le mérite inspiré est rebuté d’un mot ! — Il n’en est pas de celui qui connaît toutes choses — comme de nous qui mesurons nos conjectures sur des apparences ; — c’est donc de notre part présomption suprême que — de prendre l’intervention du ciel pour l’action des hommes. — Ah ! Sire, donnez votre consentement à ma tentative ; — mettez à l’épreuve, non pas moi, le ciel ! — Je ne suis pas de ces imposteurs qui se font fort — d’atteindre ce qu’ils savent inaccessible ; mais, sachez-le, je le crois, et j’en suis sûre, — mon art n’est pas impuissant, ni votre mal incurable.


LE ROI.

— As-tu donc tant de confiance ? Dans quel espace de temps — espères-tu me guérir ?


HÉLÈNE.

— Si la Grâce suprême m’accorde cette grâce, — avant que les chevaux du soleil aient deux fois promené — sa torche enflammée dans le cercle diurne ; avant que l’humide Hespérus ait deux fois éteint sa lampe léthargique — dans les vapeurs sombres de l’Occident ; avant que le sablier du pilote lui ait indiqué vingt-quatre fois — l’écoulement furtif des minutes ; ce qu’il y a d’infirme en vous s’envolera de la parti saine, — la santé revivra dégagée, et la maladie se dégagera pour mourir.


LE ROI.

— Sur la garantie de ta conviction, — à quoi t’exposerais-tu ?


HÉLÈNE.

À l’accusation d’impudeur, — à l’infamie publique