Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1869, tome 6.djvu/219

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
221
SCÈNE IV.

vu un médecin — qui est capable d’inspirer la vie à une pierre, — d’animer un roc, et de vous faire danser la gavotte avec la fougue et la prestesse la plus entraînante ; son simple attouchement — est assez puissant pour ressusciter le roi Pépin, que dis-je ? — pour faire prendre la plume au grand Charlemagne, — et lui faire écrire à elle-même une lettre d’amour.


LE ROI.

Qui, elle ?


LAFEU.

— Eh bien, le médecin, monseigneur. Il est arrivé ici un docteur femelle : — voulez-vous l’admettre ?… J’en jure sur ma foi et sur mon honneur, — s’il m’est permis d’exprimer sérieusement ma pensée — après cet exorde badin, je viens de parler à une personne — dont le sexe, l’âge, le projet, — la sagesse et la résolulion m’ont causé une stupéfaction — que je ne puis imputer à ma faiblesse d’esprit. Voulez-vous la voir, Sire — (car c’est là ce qu’elle demande), et savoir son projet ? — Cela fait, riez de moi tout à votre aise.


LE BOI.

Eh bien, mon bon Lafeu, — introduis cette merveille, afin que nous puissions — partager ton étonnement ou le dissiper — en nous en étonnant.


LAFEU.

Ah ! je vous persuaderai, — et cela avant la fin du jour.

Il sort.

LE ROI.

— Il fait toujours de ces longs prologues à des riens !


Lafeu rentre avec Hélène.

LAFEU.

— Allons, avancez.