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quel il n’avait encore eu réponse : déduisant après par le menu comme il avait trouvé Rhoméo au sépulcre, mort, lequel (comme il était vraisemblable) s’était empoisonné ou étouffé, ému de juste deuil qu’il avait de trouver Juliette en cet état, la pensant morte : puis, poursuivant son discours, déclara comme Juliette s’était tuée elle-même de la dague de Rhoméo, pour l’accompagner après sa mort, et comme il ne leur avait été possible de la sauver, pour le bruit survenu des gardes qui les avaient contraints de s’écarter.

Et pour plus ample information de son dire, il supplia le seigneur de Vérone et les magistrats d’envoyer à Mantoue quérir frère Anselme savoir la cause de son retardement, de voir le contenu des lettres qu’il avait envoyées à Rhoméo, de faire interroger la dame de chambre de Juliette, et Pierre le serviteur de Rhoméo, lequel, sans attendre qu’on fît autre enquête, leur dit :

— Messieurs, ainsi que Rhoméo voulut entrer au sépulcre, il me bailla ce paquet (à mon avis, écrit de sa main) lequel il me commanda expressément présenter à son père.

Le paquet ouvert, ils trouvèrent entièrement tout le contenu de l’histoire, même le nom de l’apothicaire qui lui avait vendu le poison, le prix et l’occasion pour laquelle il en avait usé. Et fut le tout si bien liquidé qu’il ne restait autre chose pour la vérification de l’histoire, si non d’y avoir été présents à l’exécution : car le tout était si bien déclaré par ordre qu’il n’y avait plus aucun qui en fît doute.

Et lors le seigneur Barthélemy de l’Escale (qui commandait de ce temps-là à Vérone), après avoir le tout communiqué aux magistrats, fut d’avis que la dame de chambre de Juliette fût bannie pour avoir celé au père de Rhoméo ce mariage clandestin, lequel s’il eût été