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voile de confession, attestant tous deux par serment qu’ils étaient mariés et que, s’il ne lui plaisait solenniser leur mariage en face d’église, ils seraient contraints d’offenser Dieu et vivre en concubinage. En considération de quoi, et même voyant l’alliance être bonne et conforme en dignité, richesse et noblesse de tous les deux côtés, espérant par ce moyen (peut-être) réconcilier les Montesches et Capellets ensemble et faire œuvre agréable à Dieu, leur avait donné la bénédiction en une chapelle : dont la nuit même ils avaient consommé leur mariage, au palais des Capellets : de quoi la femme de chambre de Juliette pourrait encore déposer. Ajoutant puis après le meurtre de Thibaut, cousin de Juliette, être survenu, à raison duquel le ban de Rhoméo, s’était ensuivi, et comme en l’absence dudit Rhoméo, le mariage étant tenu secret entre eux, on l’avait voulu marier au comte Pâris, de quoi Juliette indignée, s’était prosternée à ses pieds en une chapelle de l’église Saint-François avec une ferme espérance de s’occire de ses propres mains, s’il ne lui donnait conseil au mariage accordé par son père avec le comte Pâris. Ajoutant pour conclusion, encore qu’il eût résolu en lui-même (pour une appréhension de vieillesse et de mort) d’abhorrer toutes les sciences cachées auxquelles il s’était délecté en ses jeunes ans, toutefois pressé d’importunité et de piété, et craignant que Juliette exerçât cruauté contre elle-même, il avait élargi sa conscience et mieux aimé donner quelque légère atteinte à son âme que de souffrir que cette jeune damoiselle défît son corps et mît son âme en péril, et partant avait déployé son ancien artifice, et lui avait donné certaine poudre pour l’endormir, par le moyen de laquelle on l’avait jugé morte. Leur faisant puis après entendre comme il avait envoyé frère Anselme avertir Rhoméo par une lettre de toutes leurs entreprises, du-