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la nuitée suivante où nous ferons, lui et moi, ouverture du sépulcre, et enlèverons ton corps. Et puis l’opération de la poudre parachevée, il te pourra emmener secrètement à Mantoue, au déçu de tous tes parents et amis, puis peut-être quelquefois la paix de Rhoméo faite, ceci pourra être manifesté avec le contentement de tous les tiens.

Les propos du bon père finis, nouvelle joie commença à s’emparer du cœur de Juliette, laquelle avait été si attentive à les écouter qu’elle n’en avait mis un seul point en oubli. Puis elle lui dit :

— Père, n’ayez doute que le cœur me défaille en l’accomplissement de ce que vous m’avez commandé : car, quand bien serait quelque forte poison et venin mortel, plutôt le mettrais-je en mon corps que de consentir de tomber ès-mains de celui qui ne peut avoir part en moi. À plus forte raison donc, me dois-je fortifier et exposer à tout mortel péril, pour m’approcher de celui duquel dépend entièrement ma vie et tout le contentement que je prétends en ce monde.

— Or va donc, ma fille (dit le bon père) à la garde de Dieu, lequel je prie te tenir la main et te confirmer cette volonté en l’accomplissement de ton œuvre.

Juliette, partie d’avec frère Laurens, s’en retourna au palais de son père sur les onze heures, où elle trouva sa mère à la porte qui l’attendait en bonne dévotion de lui demander si elle voulait encore continuer en ses premières erreurs : mais Juliette, avec une contenance plus gaie que de coutume, sans avoir patience que sa mère l’interrogeât, lui dit :

— Madame, je viens de Saint-François où j’ai séjourné peut-être plus que mon devoir ne requérait, néanmoins ce n’a été sans fruit et sans apporter un grand repos à ma conscience affligée par le moyen de notre père spirituel,