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— Rosélo ne perd pas un instant et se lance au galop sur la route de Vérone, en compagnie du gracioso Marin qui a peine à le suivre.

Changement à vue. Voici le tombeau de famille des Castelvins, vaste caveau encombré d’ossements et de têtes de mort. Au milieu est le cercueil où a été déposée Julie. La jeune femme vient de s’éveiller : elle ne sait pas où elle est, elle distingue vaguement les squelettes qui l’entourent et se croit sous l’influence d’un horrible cauchemar. Bientôt paraissent à l’entrée du sépulcre Rosélo et son valet. Marin éclaire la route avec un flambeau ; il s’avance, plus frémissant que Sganarelle traîné par don Juan ; il trébuche contre un crâne, il tombe : la lumière s’éteint ! Malgré l’obscurité qui règne, les deux époux se sont bientôt reconnus ; ils ont hâte de quitter cet horrible lieu et vont chercher asile dans une ferme qu’Antoine possède aux environs.

C’est là, dans un décor tout agreste, que nous retrouvons nos fugitifs, en compagnie d’Anselme qui s’est joint à eux. Tous ont revêtus des costumes champêtres et mènent une existence pastorale. Mais ces félicités bucoliques sont brusquement troublées par l’arrivée d’Antonio qui vient, avec une cohue d’invités, célébrer son mariage avec mademoiselle Dorothée, sœur du défunt Octave. Craignant d’être surpris par leurs ennemis, Rosélo, Anselme et Marin ont déguerpi au plus vite. De son côté, Julie a grimpé dans une logette pratiquée au-dessus de l’appartement même d’Antoine ; de cette retraite invisible, elle interpelle son père ; elle prétend être revenue de chez les morts pour lui reprocher son injustice et sa rigueur : c’est lui qui l’a tuée en la forçant à épouser Pâris, bien qu’elle fût déjà mariée à Rosélo ; aussi est-elle décidée à le hanter tant qu’il ne consentira pas à reconnaître son gendre et à l’aimer. Le bon Antoine,