Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/456

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méo, en toute humilité, qu’elle trouve place en votre endroit, que vous me receviez pour votre servante et fidèle compagne de vos ennuis ; et si voyez que ne puissiez me recevoir commodément en l’état de femme, et qui me gardera de changer d’habits ? Serai-je la première qui en a usé ainsi pour échapper la tyrannie des siens ? Doutez-vous que mon service ne vous soit aussi agréable que celui de Pierre, votre serviteur ? Ma loyauté sera-t-elle moindre que la sienne ? Ma beauté, laquelle vous avez autrefois tant exaltée, n’aura-t-elle aucun pouvoir sur vous ? Mes larmes, mon amitié et les anciens plaisirs que vous avez reçus de moi, seront-ils mis en oubli ?

Rhoméo, la voyant entrer en ces altères, craignant qu’il lui advînt pis, la reprit de rechef entre ses bras, et, la baisant amoureusement, lui dit :

— Juliette, l’unique maîtresse de mon cœur, je vous prie, au nom de Dieu et de la fervente amitié que me portez, que vous déraciniez du tout cette entreprise de votre entendement, si ne cherchez l’entière ruine de votre vie et de la mienne : car si vous suivez votre conseil, il ne peut advenir autre chose que la perte des deux ensemble, car, lorsque votre absence sera manifestée, votre père fera une si vive poursuite après vous, que nous ne pourrons faillir à être découverts et surpris, et enfin cruellement punis, moi comme rapteur, et vous fille désobéissante à son père ; et ainsi cuidant, vivre contents, nos jours prendront leur fin par une mort honteuse. Mais si vous voulez vous fortifier un peu à la raison plus qu’aux délices que nous pourrions recevoir l’un de l’autre, je donnerai tel ordre à mon bannissement que dedans trois ou quatre mois, pour tout délai, je serai révoqué. Et s’il en est autrement ordonné, quoi qu’il en advienne, je retournerai vers vous, et avec la puissance de mes amis, je vous enlèverai de Vérone à