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traverser de part en part, mais il fut garanti du coup par le jaques qu’il portait ordinairement, pour le doute qu’il avait des Capellets, auquel Rhoméo répondit :

— Thibaut, tu peux connaître, par la patience que j’ai eue jusqu’à l’heure présente, que je ne suis point venu ici pour combattre ou toi ou les tiens, mais pour moyenner la paix entre nous ; et si tu pensais que, par défaut de courage, j’eusse failli à mon devoir, tu ferais grand tort à ma réputation, mais je te prie de croire qu’il y a quelque autre particulier respect qui m’a si bien commandé jusques-ici que je me suis contenu comme tu vois : duquel je te prie n’abuser, mais sois content de tant de sang répondu, et de tant de meurtres commis dans le passé, sans que tu me contraignes de passer les bornes de ma volonté.

— Ha ! traître, dit Thibaut, tu te penses sauver par le plat de ta langue, mais entends à te défendre, car je te ferai maintenant sentir qu’elle ne te pourra si bien garantir ou servir de bouclier, que je ne t’ôte la vie.

Et ce disant, lui rua un coup de telle furie que, sans que l’autre le parât, il lui eût ôté la tête de dessus les épaules, mais il ne fit que le prêter à celui qui le lui sut incontinent rendre ; car étant non-seulement indigné du coup qu’il avait, mais de l’injure que l’autre lui avait faite, Rhoméo commença à poursuivre son ennemi d’une telle vivacité, qu’au troisième coup d’épée qu’il lui rua, il le renversa mort par terre d’un coup de pointe qu’il lui avait donné en la gorge, si qu’il la lui perça de part en part. À raison de quoi la mêlée cessa ; car, outre que Thibaut était chef de la compagnie, encore était-il issu de l’une des plus apparentes maisons de la cité : qui fut cause que le podestat fit congréger en diligence des soldats pour emprisonner Rhoméo, lequel, voyant son désastre, s’en va secrètement vers frère Laurens, à Saint-