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et avaient les Capellets, pour chef de leur glorieuse entreprise, un nommé Thibaut[1], cousin-germain de Juliette, jeune homme dispos, et bien adroit aux armes, lequel exhortait ses compagnons de rabattre si bien l’audace des Montesches, qu’il n’en fût jamais mémoire. Et s’augmenta la rumeur de telle, sorte par tous les cantons de Vérone, qu’il survenait du secours de toutes parts : de quoi Rhoméo averti, qui se promenait par la ville avec quelques siens compagnons, se trouva promptement en la place où se faisait ce carnage de ses parents et alliés, et, après en avoir avisé qu’il y en avait plusieurs blessés des deux côtés, dit à ses compagnons : « Mes amis, séparons-les, car ils sont si acharnés les uns sur les autres, qu’ils se mettront tous en pièces avant que le jeu départe : » et ce dit, il se précipita au milieu de la troupe, et ne faisant que parer aux coups, tant des siens que des autres, leur criant tout haut : « Mes amis, c’est assez, il est temps désormais que nos querelles cessent, car outre que Dieu y est grandement offensé, nous sommes en scandale à tout le monde, et mettons cette République en désordre. » Mais ils étaient si animés les uns contre les autres, qu’ils ne donnèrent aucune audience à Rhoméo, et n’entendaient qu’à se tuer, démembrer et déchirer l’un l’autre, et fut la mêlée tant cruelle et furieuse entre eux, que ceux qui la regardaient s’épouvantaient de les voir tant souffrir, car la terre était toute couverte de bras, de jambes, de cuisses et de sang, sans qu’ils donnassent témoignage aucun de pusillanimité, et se maintinrent ainsi longuement, sans qu’on pût juger qui avait du meilleur. Lors Thibaut, cousin de Juliette, enflammé d’ire et de courroux, se tournant vers Rhoméo, lui rua une estocade, pensant le

  1. Tybalt.