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voici présent) m’a récité, vous êtes accordée avec lui de le prendre pour mari, et lui semblablement pour son épouse : persistez-vous encore maintenant en ces propos ? » Les amants répondirent qu’ils ne souhaitaient autre chose. Et voyant leurs volontés conformes, après avoir raisonné quelque peu à la recommandation de la dignité de mariage, il prononça les paroles desquelles on use, selon l’ordonnance de l’église, aux épousailles. Et elle ayant reçu l’anneau de Rhoméo, se levèrent de devant lui, lequel leur dit : « Si avez quelque autre chose à conférer ensemble de vos menues affaires, diligentez-vous, car je veux faire sortir Rhoméo d’ici, au désu des autres. » Rhoméo, pressé de se retirer, dit secrètement à Juliette qu’elle lui envoyât après dîner la vieille, et qu’il ferait faire une échelle de cordes, par laquelle (le soir même) il monterait en sa chambre par la fenêtre où plus à loisir ils aviseraient à leurs affaires.

Les choses arrêtées entre eux, chacun se retira en sa maison, avec un contentement incroyable, attendant l’heure heureuse de la consommation de leur mariage. Rhoméo, arrivé à sa maison, déclara entièrement tout ce qui s’était passé entre lui et Juliette à un sien serviteur nommé Pierre[1], auquel il se fût fié de sa vie, tant il avait expérimenté sa fidélité, et lui commanda de recouvrer promptement une échelle de cordes, avec deux forts crochets de fer, attachés aux deux bouts : ce qu’il fit aisément, parce qu’elles sont fort fréquentes en Italie. Juliette n’oublia au soir, sur les cinq heures, d’envoyer la vieille vers Rhoméo, lequel, ayant pourvu de ce qui était nécessaire, lui fit bailler l’échelle et la pria d’assurer Juliette que, ce soir même, il ne faudrait au premier somme de se trouver au lieu accoutumé ; mais si cette

  1. Balthazar, dans le drame.