Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/427

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LAURENCE.

— Je ne m’en étonne pas, la douleur te rend folle.

Voix au dehors criant : Venez ! venez !

LAURENCE.

— Quel est ce bruit ? Chère Juliette, fuyons ! — l’n pouvoir au-dessus de nos contradictions — a déconcerté nos plans. Viens, échappons-nous ! — Malheureuse femme, je te placerai — dans une communauté de saintes religieuses.

Voix au dehors criant : Par où ? par où ?

— Plus de questions ! le guet arrive… — Allons, viens chère Juliette… Je n’ose rester plus longtemps.

Il s’enfuit.

JULIETTE.

— Va, sors d’ici, car moi, je ne m’en irai pas. — Qu’est ceci ? une fiole ?… Oui, la fin prématurée de Roméo ! — L’égoïste ! il a tout bu, il n’a pas laissé une goutte amie — pour m’aidera le rejoindre… Je veux baiser tes lèvres ; peut-être — y trouverai-je un reste de poison !

Voix au dehors : Conduis-nous, page : par où ?

— Encore du bruit ! hâtons-nous donc ! Ô heureux poignard ! — Voici ton fourreau !… Repose là, et laisse-moi mourir.

Elle se poignarde et meurt.


Entrent Balthazar et le page entourés de gardes, puis le prince et ses gens portant des torches.

BALTHAZAR.

— Voici l’endroit, monseigneur.


LE PRINCE.

— Quel est le malheur matinal — qui enlève notre personne à son repos ?

Entrent Capulet et des seigneurs.

CAPULET.

— Pourquoi ces clameurs qui retentissent partout ? — Dans les rues les uns crient : Roméo ! — d’autres, Juliette ! d’autres, Pâris ! et tous accourent — en jetant l’alarme, vers notre monument.


LE PRINCE.

— D’où vient cette épouvante qui fait tressaillir nos oreilles ?


BALTHAZAR.

— Mon souverain, voici le comte Pâris tué, et Roméo, mon maître, mort ! et Juliette, — qu’on croyait déjà morte, semble avoir été tuée, il n’y a qu’un moment.


CAPULET.

— Hélas ! ce spectacle funèbre est le glas — qui appelle ma vieillesse au sépulcre.