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NOTES.

d’Euphrate et depuis la Syrie, jusques au pays de Lydie et Ionie. Et adonc commença-t-il à toute peine à s’éveiller un petit, comme s’il eût été bien fort endormi, et par manière de dire à s’en revenir d’une grande ivresse. Si voulut aller à l’encontre des Parthes premièrement, et tira jusques à la contrée de la Phénicie ; mais là il reçut des lettres de Fulvia pleines de lamentations et de pleurs : par quoi il tourna tout court devers l’Italie avec deux cents navires, et allant recueillir par les chemins tous ses amis qui s’enfuyaient de l’Italie vers lui, et par lesquels il fut informé que Fulvia était la seule cause de cette guerre, laquelle étant d’une nature fâcheuse, perverse et téméraire, avait expressément ému ce trouble et tumulte en Italie, pour l’espérance de le retirer par ce moyen d’avec Cléopatra. Or advint-il de bonne fortune que cette Fulvia, en allant trouver Antonius, mourut de maladie en la ville de Sicyone, et pourtant fut l’appointement entre lui et César plus aisé à traiter. »

(4) Allusion à une ancienne superstition mentionnée par Holinshed : « Un crin de cheval jeté dans un bassin d’eau croupie ne tardera pas à remuer et à devenir une créature vivante. » — Description of England, p. 224.

(5) « D’autre part Cicéron, qui était lors le premier homme de la ville en autorité et en réputation, irritait et mutinait tout le monde à l’encontre d’Antonius, tellement qu’à la fin il fit tant que le sénat le déclara et jugea ennemi de la chose publique, et décerna au jeune Cæsar des sergents qui porteraient les haches devant lui et autres marques et enseignes du magistrat et de la dignité prétoriale, et envoya Hircius et Pansa, qui pour lors étaient consuls, avec deux armées, pour débouter et chasser Antonius hors de toute l’Italie. Ces deux consuls ensemble, avec Cæsar qui avait aussi une armée, allèrent trouver Antonius au siège devant la ville de Modène, et là le défirent en bataille : mais tous les deux consuls y moururent. Antonius, en s’enfuyant de cette défaite, se trouva en plusieurs nécessités et détresses grandes tout à un coup, dont la plus pressante était la faim : mais il avait cela de nature qu’il se surpassait soi-même en patience et en vertu quand il se trouvait en adversité, et plus la fortune le pressait, plus il devenait semblable à un homme véritablement vertueux. Or, est-ce bien chose commune à tous ceux qui tombent en tels détroits de nécessité, de sentir et entendre ce que requiert alors le devoir et la vertu : mais il en est peu qui