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Le rideau se lève. Le décor représente une place de Vérone. Au fond est un beau palais qui appartient au vieil Antonio, chef de la faction des Castelvins. Il y a bal dans ce palais. Le bruit des violons et des flûtes parvient jusqu’à nous. Sur le devant de la scène, Rosélo, jeune cavalier de la faction des Montèses, cause gravement avec son ami Anselme et lui confie son désir d’assister à la fête. Le prudent Anselme s’évertue à le dissuader de ce projet insensé : Rosélo n’ignore pas quelle haine implacable se sont jurée les Castelvins et les Montèses. Va-t-il donc, par pure fanfaronnade, se livrer à ses ennemis, s’exposer à quelque outrage éclatant, risquer sa vie ? — Rosélo s’entête : une sorte de transport surnaturel le pousse, prétend-il, à entrer chez Antoine ; il émet l’espoir que l’amour terminera toutes ces méchantes querelles, et que l’hyménée réconciliera les deux partis. Anselme tient bon, mais Rosélo persiste et finit par décider son ami à l’accompagner. Les deux jeunes gens se masquent et s’insinuent dans le palais, suivis du gracioso Marin qui proteste par sa terreur bouffonne contre l’extravagance de son maître.

Le décor change. Nous voici devant un vaste jardin où circulent allègrement des groupes de cavaliers et de dames travestis. Un jeune Castelvin, Octave, fils de Théobalde, fait, la cour à sa fiancée, la charmante Julie, fille d’Antoine, qui répond froidement à ses fadaises. Dans ce moment paraissent nos trois intrus. Rosélo aperçoit Julie ; frappé de sa beauté rare, il perd la tête et ôte son masque. Le maître de céans, Antoine, le reconnaît. « Peut-on pousser l’audace plus loin ? s’écrie-t-il. Rosélo dans mon palais ! » Et furieux il va s’élancer sur le jeune homme, la rapière au poing. Heureusement Théobalde retient son vieil ami et le rappelle au respect de l’hospitalité. Grâce à cette intervention, Rosélo peut