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à sourire à mon existence, — qui est, tu le sais bien, pleine de trouble et de péché.


Entre lady Capulet.

LADY CAPULET.

— Allons, êtes-vous encore occupées ? avez-vous besoin de mon aide ?


JULIETTE.

— Non, madame ; nous avons choisi — tout ce qui sera nécessaire pour notre cérémonie de demain. — Veuillez permettre que je reste seule à présent, — et que la nourrice veille avec vous cette nuit ; — car, j’en suis sûre, vous avez trop d’ouvrage sur les bras, — dans des circonstances si pressantes.


LADY CAPULET.

Bonne nuit ! — Mets-toi au lit, et repose ; car tu en as besoin.

Lady Capulet sort avec la nourrice.

JULIETTE.

— Adieu !… Dieu sait quand nous nous reverrons. — Une vague frayeur répand le frisson dans mes veines — et y glace presque la chaleur vitale… — Je vais les rappeler pour me rassurer… — Nourrice !… Qu’a-t-elle à faire ici ? — Il faut que je joue seule mon horrible scène !

Prenant la fiole que Laurence lui a donnée.

— À moi, fiole !… — Eh quoi ! si ce breuvage n’agissait pas ! — Serais-je donc mariée demain matin ?… — Non, non… Voici qui l’empêcherait… Repose ici, toi.

Elle met un couteau à côté de son lit.

— Et si c’était un poison que le moine — m’eût subtilement administré pour me faire mourir, — afin de ne pas être déshonoré par ce mariage, — lui qui m’a déjà