Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/335

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

cieuse, — car alors tu ne le retiendras pas longtemps, j’espère, — et tu me le renverras (105).


LADY CAPULET, du dehors.

— Holà ! ma fille ! êtes-vous levée ?


JULIETTE.

— Qui m’appelle ? est-ce madame ma mère ? — Se serait-elle couchée si tard ou levée sitôt ? — Quel étrange motif l’amène ?


Entre lady Capulet.

LADY CAPULET.

— Eh bien, comment êtes-vous, Juliette ?


JULIETTE.

Je ne suis pas bien, madame.


LADY CAPULET.

— Toujours à pleurer la mort de votre cousin ?… — Prétends-tu donc le laver de la poussière funèbre avec tes larmes ? — Quand tu y parviendrais, tu ne pourrais pas le faire revivre. — Cesse donc : un chagrin raisonnable prouve l’affection ; — mais un chagrin excessif prouve toujours un manque de sagesse (106).


JULIETTE.

— Laissez-moi pleurer encore une perte aussi sensible.


LADY CAPULET.

— Vous ne sentirez que plus vivement cette perte, sans sentir plus près de vous l’ami — que vous pleurez.


JULIETTE.

Je sens si vivement la perte — de cet ami, que je ne puis m’empêcher de le pleurer toujours.


LADY CAPULET.

— Va, ma fille, ce qui te fait pleurer, c’est moins de