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as-tu tué mon cousin ? — C’est que, sans cela, ce méchant cousin aurait tué mon Roméo ! — Arrière, larmes folles, retournez à votre source naturelle : — il n’appartient qu’à la douleur, ce tribut — que par méprise vous offrez à la joie. — Mon mari, que Tybalt voulait tuer, est vivant ; — et Tyhalt, qui voulait tuer mon mari, est mort. — Tout cela est heureux : pourquoi donc pleurer ?… — Ah ! il y a un mot, plus terrible que la mort de Tybalt, — qui m’a assassinée ! je voudrais bien l’oublier, — mais hélas ! il pèse sur ma mémoire, — comme une faute damnable sur l’âme du pécheur. — Tybalt est mort et Roméo est… banni. — Banni ! ce seul mot banni — a tué pour moi dix mille Tybalt. Que Tybalt mourût, c’était un malheur suffisant, se fût-il arrêté là. — Si même le malheur inexorable ne se plaît qu’en compagnie, — s’il a besoin d’être escorté par d’autres catastrophes, — pourquoi, après m’avoir dit : Tybalt est mort, n’a-t-elle pas ajouté : — Ton père aussi, ou ta mère aussi, ou même ton père et ta mère aussi ? — Cela m’aurait causé de tolérables angoisses. — Mais, à la suite de la mort de Tybalt, faire surgir cette arrière-garde : — Roméo est banni, prononcer seulement ces mots, — c’est tuer, c’est faire mourir à la fois père, mère, Tybalt, Roméo et Juliette ! — Roméo est banni ! — Il n’y a ni fin, ni limite, ni mesure, ni borne — à ce mot meurtrier ! Il n’y a pas de cri pour rendre cette douleur-là. — Mon père et ma mère, où sont-ils, nourrice ?


LA NOURRICE.

— Ils pleurent et sanglotent sur le corps de Tybalt. — Voulez-vous aller près d’eux ? Je vous y conduirai.


JULIETTE.

— Ils lavent ses blessures de leurs larmes ? Les miennes, je les réserve, — quand les leurs seront séchées, pour le bannissement de Roméo. — Ramasse ces cor-