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est plus longue à dire que le récit que tu t’excuses de différer. — Tes nouvelles sont-elles bonnes ou mauvaises ? Réponds à cela ; — réponds d’un mot, et j’attendrai les détails. — Édifie-moi : sont elles bonnes ou mauvaises ? — 


LA NOURRICE.

Ma foi, vous avez fait là un pauvre choix : vous ne vous entendez pas à choisir un homme : Roméo, un homme ? non. Bien que son visage soit le plus beau visage qui soit, il a la jambe mieux faite que tout autre ; et pour la main, pour le pied, pour la taille, bien qu’il n’y ait pas grand chose à en dire, tout cela est incomparable… Il n’est pas la fleur de la courtoisie, pourtant je le garantis aussi doux qu’un agneau… Va ton chemin, fillette, sers Dieu… Ah çà ! avez-vous dîné ici ?


JULIETTE.

— Non, non… Mais je savais déjà tout cela. — Que dit-il de notre mariage ? Qu’est-ce qu’il en dit ?


LA NOURRICE.

— Seigneur que la tête me fait mal ! Quelle tête j’ai ! — Elle bat comme si elle allait tomber en vingt morceaux… — Et puis, d’un autre côté, mon dos… Oh ! mon dos ! mon dos ! — Méchant cœur que vous êtes de m’envoyer ainsi — pour attraper ma mort à galoper de tous côtés !


JULIETTE.

— En vérité, je suis fâchée que tu ne sois pas bien : — chère, chère, chère nourrice, dis-moi, que dit mon bien-aimé ?


LA NOURRICE.

Votre bien-aimé parle en gentilhomme loyal, — et courtois, et affable, et gracieux, — et, j’ose le dire, vertueux… Où est votre mère ?