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sont les haubans par lesquels je dois, dans le mystère de la nuit, — monter au hunier de mon bonheur… — Adieu ! recommande-moi à ta maîtresse.


LA NOURRICE.

— Sur ce, que le Dieu du ciel te bénisse ! Écoutez, monsieur.


ROMÉO.

— Qu’as-tu à dire, ma chère nourrice ?


LA NOURRICE.

— Votre valet est-il discret ? Vous connaissez sans doute le proverbe : — Deux personnes, hormis une, peuvent garder un secret.


ROMÉO.

— Rassure-toi : mon valet est éprouvé comme l’acier. —


LA NOURRICE.

Bien, monsieur : ma maîtresse est bien la plus charmante dame… Seigneur ! Seigneur !… Quand elle n’était encore qu’un petit être babillard !… Oh ! il y a en ville un grand seigneur, un certain Pâris, qui voudrait bien tâter du morceau ; mais elle, la bonne âme, elle aimerait autant voir un crapaud, un vrai crapaud, que de le voir, lui. Je la fâche quelquefois quand je lui dis que Pâris est l’homme qui lui convient le mieux : ah ! je vous le garantis, quand je dis ça, elle devient aussi pâle que n’importe quel linge au monde… Romarin et Roméo commencent tous deux par la même lettre, n’est-ce pas ?


ROMÉO.

Oui, nourrice. L’un et l’autre commencent par un R. Après ?


LA NOURRICE.

Ah ! vous dites ça d’un air moqueur. Un R, c’est bon pour le nom d’un chien, puisque c’est un grognement de chien (84)… Je suis bien sûre que Roméo commence